Andes boliviennes: La route de la mort
Andes boliviennes: La route de la mort

Quand le monde apprit l'existance de la Route la plus dangereuse de la planète, des voix s'élevèrent pour demander qu'elle soit purement et simplement fermée. D'autres affirmèrent vouloir l'emprunter sur deux roues... En selle.

Le vélo tressaute sur un chemin étroit recouvert de fins graviers, le long de la paroi abrupte d'une montagne des Andes boliviennes. Sur la gauche, un abîme de 1 000 m plonge vers une jungle dense. Sur la droite, des rochers en surplomb comme autant d'épées de Damoclès. Droit devant... rien. La poussière et le brouillard bouchent la vue. Bienvenue sur la route la plus dangereuse de la planète. Située dans le sud de la Bolivie, elle s'est taillée une réputation glaçante.

La pire des années (1983), 320 personnes y ont perdu la vie, dont 100 lors du plus terrible accident de la route de l'histoire bolivienne. En août dernier, 24 personnes sont mortes lorsqu'un camion a basculé dans le vide, portant le nombre de victimes à 63 en 2006. On ne s'étonnera pas que l'endroit soit devenu le nouveau terrain de jeu de quelques candidats aux montées (descentes ?) d'adrénaline. C'est même l'une des activités de tourisme extrême les plus prisées là-bas.

Une route de 3 m de largeur

La route elle-même n'est qu'un vulgaire ruban étroit découpé aux flancs de la montagne. Mais elle n'a aucun revêtement et pas la moindre barrière de sécurité. Pourtant, à certains endroits, elle fait à peine 3 m de largeur. C'est aussi le passage obligé entre la région agricole du Yungas et la capitale la plus haute du monde, La Paz. D'où un trafic intense de camions. C'est aussi l'une des plus jolies routes du monde. Elle démarre haut dans les neiges éternelles des sommets andins, à La Cumbre, serpente dans une végétation verte prise dans la brume, avant de descendre dans la forêt amazonienne, chaude et humide, jusqu'à la somnolente Coroico.

Un inventaire de tous les écosystèmes boliviens. À 35 km/h en descente, on a cependant peu l'occasion d'admirer le paysage. Cela n'empêche pas un nombre grandissant de sociétés de proposer quelques balades organisées. " Les touristes sont attirés par la légende qui s'est développée autour de cette route, les risques qu'elle présente et les changements climatiques brutaux, explique Alistair Matthew, fondateur de Gravity Bolivia. C'est une combinaison irrésistible. "

Tous les voyages commencent sur le même mode sinistre : un guide asperge d'alcool les pneus du 4 x 4, en offrande à l'esprit de la montagne Pachamama (Terre). Des rituels qui se poursuivent tout au long du parcours. Les Indiens pensent par exemple que les chiens errants sont les esprits des disparus. On doit les nourrir pour se garantir un passage sûr.

Purée de pois au menu

Car les dangers sont partout. À commencer par l'altitude (4 724 au col de la Cumbre), plus de la moitié de l'Everest. Les premiers kilomètres se font sur du macadam, balayés par un vent glacial et dans un brouillard épais qui neutralise même le son des klaxons. Lorsque la route aménagée se transforme en chemin cahoteux, que la purée de pois se dissipe, place à une descente vertigineuse. C'est le vrai début de la Carretera de la Muerte. Après quelques encâblures, une silhouette inattendue apparaît, agitant des drapeaux rouges et verts. L'homme s'appelle Mario, un gars du pays dont la famille a été décimée dans un accident d'autocar, en 1990. Depuis, à l'endroit même de la tragédie, il s'est transformé en ange gardien. " Les chauffeurs de bus, les conducteurs de camion et les voyageurs sont ma nouvelle famille ", confie Mario. Il habite une petite cabane dans la montagne et vit des cadeaux que lui offrent les touristes. Il n'est pas le seul témoin de tragédies ordinaires.

Au fil de la route surgissent des croix blanches, des pierres tombales envahies par les fleurs, tandis que reposent, dans le ravin, des épaves de véhicules rouillés. Par endroits, des éboulements bloquent le passage et des chutes d'eau ravinent la piste. Les camions se jettent sur le bas-côté, forçant les cyclistes à frôler le vide. Lorsque l'on vient à bout de cette petite promenade de santé de 64 km, pour un dénivelé de 3 600 m, reste une aventure unique. Une voie de contournement a été programmée par la banque de développement inter-américaine, pour un montant de 95 millions d'euros. Mais la route de la mort continuera d'être empruntée par les chasseurs de sensations.

Mark Bailey (traduit de l'anglais par Stéphane Méjanès)

INFOS PRATIQUES
Repères
Nom officiel :Unduavi-Yolosa Highway
Surnom : La Route la plus dangereuse de la planète
Itinéraire : entre La Cumbre et Coroico, en Bolivie
Longueur : 64 km
Altitude : 4 724 m au départ, 1 128 m à l'arrivée
Nombre de décès moyen par an : 100

Y aller
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Prix moyen : 45 €
Contact : 00591-2 2-313849
Site : www.gravitybolivia.com
Email : info@gravitybolivia.com

Conseil
" Il faut rester concentré sur la route pour ne pas se laisser hypnotiser par le paysage. Je me souviens de quelqu'un qui a fait un saut de 80 m à cause de ça. Nous l'avons sauvé parce que nous sommes bien équipés, mais il a eu de la chance. Si vous faites une chute de 100 m, ça n'est plus du secours mais de la recherche de corps. " Alistair Matthew, Gravity Assisted Mountain Biking